mercredi 3 janvier 2018

Métaphysique de la nouvelle année

Flashback du 1er janvier (tous les 1ers janvier de tous les temps)

De la tisaaaane... allô... S’il vous plaît... Il y a quelqu’un..? De la tisaaaaaaaaaane...

Quelques heures plus tôt, je découvrais une tradition portugaise qui consiste à manger 12 raisins secs en faisant 12 voeux au passage de la nouvelle année. 

Je trouve cela assez exceptionnel. 12 voeux. Tu as le temps de souhaiter un Pola comme la paix dans le monde. Parce que quand tu n’en as qu’un, tu essayes de faire politiquement correct, mais je pense que tu optes à la dernière seconde pour le Pola dont tu as toujours rêvé depuis ta tendre enfance.

Plus tard dans la soirée, une amie se penche vers moi:
« Tu crois que les voeux sont toujours exaucés si on a expulsé les raisins? »
Mon regard perplexe et mon léger recul physique semblent l’encourager:
« Ou alors est-ce que tu penses que les voeux sortent de nous si le moyen par lequel ils existent ne se trouve plus à l’intérieur? »

C’est vrai, comment ça se fait que personne n’ait encore eu l’idée de faire sa thèse dessus?! Un sujet à la fois physique et spirituel, très dense.

Je n’ai pas le temps de me saisir du problème avant de rejoindre la piste pour me déhancher sur « Last Christmas, I gave you my heart », alors je lui fais don de mon pragmatisme nocturne: « Un conseil: pour le moment, oublie les raisins. Et peut-être aussi un peu le vin! ». 
Ça peut pas faire de mal.


Raisins ou pas, je vous souhaite une très belle année et je vous conseille d’imaginer que les 12 coups de minuit retentissent à nouveau pour formuler vos 12 voeux!


12 voeux

dimanche 31 décembre 2017

Les derniers jours de l’année

Quand le 31 décembre approche, j’ai toujours ce petit moment de réflexion qui m’assaillit. Je suis là, tranquille, à digérer d’une fête à l’autre, à me dire qu’une petite coupe de champagne ferait sans doute passer le dernier morceau de dinde que j’ai encore du mal à avaler, à vivre de véritables vacances de Noël en somme. 

Et puis, paf, l’atmosphère se densifie comme s’il s’agissait des dernières heures avant la fin du monde. Sabres laser tranchant la procrastination de fête, horde de rennes manifestant pour le retour du Père Noël, Grelims déchirant l’écran, les questions arrivent en masse.

Qu est ce que j’ai fait cette année? Qu’est ce qu’il me reste à faire et qu’il fallait absolument faire avant la fin pour que cette année prenne tout son sens? Quelle est la phrase que j’ai prononcée qui a le plus compté? Le mot? Le son? Réveillon? On? Quelle est l’odeur qui m’a le plus marquée? Est ce qu’il y a une odeur significative pour 2017? J’ai pas noté quand j’ai sniffé… Qu’est ce que j’ai mangé?

Ah si, ça, je sais! De la dinde aux marrons! Et puis des chocolats, oui, beaucoup de chocolats, des Kinder, des mini Mars, des escargots au lait et plein d’autres. Oui, oui! Des bonbons aussi. Beaucoup de bonbons.

Et ça continue.

Quel est le plus beau cadeau que j’ai fait? Le plus moche? 
À quel moment j’ai le plus ri? Le plus pleuré?
Le souvenir qui m’a le plus marquée? 

Je sais pas... peut-être le moment où je me serais tapée la tête contre le mur à cause de toutes ces questions?

Ça n’en finit pas… 

Alors je me focalise sur la chose que j’aimerais faire avant que l’année ne change de chiffre, même si un petit chiffre, c’est quand même pas si terrible que ça. 

Cette chose, c’est vous écrire pour vous faire partager toute la chaleur de ma bouillotte. Parce que malgré mon absence cette année, j’ai beaucoup pensé à vous et, je suis d’accord, c’était trop long. Enfin, n’abusez pas! Mettez un seul pied, ou alors les orteils! Faut choisir dans la vie.

Je vais d’abord terminer mes oursons en chocolat. Ben quoi? Je fais honneur à mes cadeaux de Noël. Ça s’appelle de la politesse! Oui, tout à fait. 

Un renne du Père Noël un peu perdu dans ses pensées

dimanche 3 septembre 2017

Gris

Une pluie de charbon a commencé à s’abattre. Le rythme était régulier. Le ciel s’était couvert d’un voile gris insoutenable qu’on avait envie de racler au râteau pour laisser au moins quelques traces si ce n’est une déchirure. Des collines noirâtres se sont formées, des murs aux formes envoûtantes se sont dressés. Le paysage se sculptait au gré de la force des vents qui s’élevaient selon les jours. Parfois des tempêtes ravageaient tout et laissaient l’idée d’un champ de ruines. L’hypothèse d’une forme ancienne. 

Le charbon continuait à tomber. Les formes se recréaient, redevenaient néant, et se reformaient à nouveau. 

Le sol vit son épaisseur prendre en volume. Par endroits, le charbon se tassait et l’on pouvait marcher dessus. À d’autres endroits, le pied pouvait être pris dans un éboulis interne écrasant les charbons devenus friables tellement ils étaient desséchés. La jambe s’enfonçait, l’équilibre se perdait et, dans la plupart des cas, on tombait. Le but des journées était surtout d’assurer sa marche.

Parfois on s’arrêtait, considérant qu’il ne valait pas la peine d’avancer pour risquer de se prendre une nouvelle fois les pieds. Mais l’attente dans ce paysage désolé avait toujours raison de cette pensée et on repartait.

La pluie de charbon s’est doublée d’une pluie de météorites et de clous. Les météorites creusaient le paysage rendant les collines encore moins sûres, les pas plus hésitants encore. Attendre sur place ne semblait plus envisageable car il fallait fuir sans savoir où on allait. Les clous transperçaient les boucliers et ravageaient l’espace sonore. Car c’est le bruit, le bruit qui était le pire.

Jusqu’à ce qu’une grotte apparaisse. Avançant à l’aveugle, je me suis retrouvée dedans sans m’en rendre compte. C’est le son de ma respiration, la première que j’entendais depuis des mois, qui m’a fait ouvrir les oreilles puis les yeux. Le vacarme était devenu sourd et l’obscurité ne grésillait plus. J’ai pu continuer à respirer en entendant mon souffle. 

Je l’entendais de mieux en mieux. J’ai regardé l’entrée de la grotte et la pluie avait cessé. Les débris jetés par le ciel jonchaient le sol et le vent s’amusait à les déplacer.

Je suis sortie de la grotte et, à la recherche d’une déchirure dans la grisaille, me suis remise à marcher.

Des rayons transperçaient la masse grise. La marche durait. Mais je savais qu’au bout, je trouverai quelque chose.


sens de la vie

dimanche 8 janvier 2017

Une nouvelle année

J’aurais bien partagé avec toi la liste de mes bonnes résolutions mais je préfère être la seule à constater ma motivation à les tenir (ou pas) dans quelques mois. 

C’est plus sympathique de parler de voeux. On s’en remet à autre chose que notre seule volonté; c’est un peu moins lourd à porter. Sauf que je suis bien trop superstitieuse pour t’énoncer la liste de mes voeux.

Alors je vais te parler de souhaits. La distinction est mince, mais ça sonne plus concret. Je vais te parler de mes souhaits pour toi.

Tu vois ce sentiment de nouveauté, le sentiment que tout peut changer en faisant des voeux, des listes de résolutions et autres dans tous les sens, eh bien je te souhaite de ressentir cette impression de nouveau départ tous les jours.

Je te souhaite de rêver de manière folle pour que tu vives 1000 vies chaque nuit et que tu n’aies plus peur de te lancer puisque tu as tenté bien pire dans ton sommeil.

Je te souhaite de hisser les voiles et de partir loin, très loin, puis d’ouvrir les yeux et de t’étonner de l’endroit où tu te trouves. Je te souhaite de tâtonner.

De laisser rouler tes yeux dans les spirales.
D’ouvrir ta boîte aux lettres le dimanche, avant de te souvenir qu’on est, effectivement, dimanche.
D’ouvrir la voie.
D’avancer. Sans savoir où tu vas.
De te retrouver dans un avion. Sans savoir ce que tu vas faire à l’atterrissage. Votre ceinture, s’il-vous-plaît.
De franchir les barrières et les frontières.
D’être absorbé par la magie d’un baiser, intrigué par un rideau baissé, emporté plus loin par une bourrasque.


Je te souhaite de gravir les montagnes sans douter.


Et de toujours tirer sur le fil.


gravir les montagnes

lundi 14 novembre 2016

Les pas d'en haut

Des pas mystérieux. Depuis quelques temps. Juste au dessus.

Ça n’arrête pas. Ça a la bougeotte. Jusque tard le soir. Infatigable. Ou toqué. 

Quelqu’un qui compte ses pas. Un mathématicien. Oui, un mathématicien perdu dans ses chiffres. Il embrasse les longueurs et les largeurs, les coupant de diagonales. Mesurer l’hypoténuse. Ne pas oublier le carré. 8 pas au carré font 64 pas carrés. Et si je faisais des pas ronds? Est-ce que 8 pas ronds font 64 pas bulles?

Il brave ses pensées pour se concentrer sur sa chasse au trésor. Il part dans plusieurs directions, s’arrête tous les 8 pas. À chaque arrêt qu’il est obligé de faire pour ses calculs, il se saisit d’un objet, le nettoie puis le range. C’est un mathématicien maniaque un peu mystique.

Son activité effrénée doit lui donner des crampes ou alors les fourmis qu’il chasse des objets qu’il astique sautent sur ses jambes car il alterne avec des sessions de sautillements. Un mathématicien sportif qui a peur des courants d’air…

Ou peut-être est-ce tout simplement son lapin obèse? En mal de carottes sans pesticides, il s’est vengé sur les cacahouètes grillées et salées. Elles lui ont donné soif, alors il s’est mis à boire 4 litres de soda par jour. Il est devenu énorme et n’ose plus sortir. Il tourne en rond pour trouver une solution car il digère mal depuis qu’il a croqué son maître. Lui qui a toujours eu un penchant pour la course de vitesse se met à compter ses pas pour se donner des objectifs de marche.

Le soir, il essaye de mesurer son tour de taille avec une équerre pour voir s’il rentre dans un costume du mathématicien. Pas envie de se promener nu dans la rue. Quand le bon centimètre sera venu, il pourra  sortir, peut-être retrouver une carotte naturelle dans un potager partagé… En rêvant de ce jour-là, il s’endort.


Calculs de masses, de trajets et de volumes

mardi 1 novembre 2016

Graine de courge

En faisant un tour dans un potager, quelque chose m’a intriguée. Quelque chose de discret, un mouvement presque imperceptible en réalité, mais quelque chose se passait et je décidai d’aller voir cela de plus près.

Alors que j’approchais, le bruissement cessa et je me retrouvai l’oreille immobile et ouverte. Le vent me demanda ce que je faisais plantée là et repartit faire tomber quelques feuilles mortes.

J’étais dans un de ces moments de flottement où l’on hésite à arrêter l’action que l’on a commencée quand l’intérêt de cette action nous a soudainement échappé. Ma curiosité et ma ténacité faisaient résonner le battement de mon coeur au creux de mon oreille mais la logique pragmatique et efficace avait déjà levé un de mes talons pour faire demi-tour. 

C’est mon envie d’aller au bout des choses qui l’emporta et je fis quelques pas de plus. Le vent frôla la terre et je perçus la même densité que plus tôt au niveau d’une feuille qui ployait à l’orée de la friche. J’écartai la feuille en question et découvris derrière une dizaine de citrouilles en pleine manifestation. 

« À bas les sécateurs! »

« Nous sommes des êtres vivants, pas des bougeoirs naturels »

« Graine de courge, Parole de cucurbitacée »


Elles s’arrêtèrent lorsqu'elles me virent et la plus courageuse m’expliqua qu’après la période critique de Halloween, les survivantes avaient l’habitude d’organiser cette manifestation pour exorciser leur peur.

Avant de replacer leur protection, je leur souhaitais bon courage, me disant que ces citrouilles en avaient dans les graines.


Citrouilles et autres courges

lundi 3 octobre 2016

Le pull Mickey

Les premières fraîcheurs de l'automne me replongent dans les souvenirs de ma grand-mère. Non seulement ses câlins étaient les plus douillets, mais les pulls qu'elle me tricotait petite avaient une place toute particulière. 

Il y avait surtout ce pull. Le pull Mickey. Fond bleu et vert. Mickey sur un scooter. En route pour un déjeuner, la plage, un cinéma? Une vie simple et oisive. 

Il m'inspirait. Sans doute une combinaison de ses grandes oreilles et du fait qu'il tenait les rênes d'un avenir proche. 

Il était tout doux et je partais souvent m'évader avec lui.


Aujourd'hui, c'est son souvenir qui m'apporte un peu de douceur et je m'évade toujours autant.

Souvenir d'enfance